Une équipe de l’Université de Bourgogne présente et évalue un dispositif de formation visant à aider les personnes étudiantes à adopter de bonnes pratiques d’étude.

Leur article offre également un panorama des stratégies d’étude adoptées par les personnes étudiantes.

Quelle place pour les stratégies d’apprentissage efficaces ?

Diverses recherches ont montré que les stratégies de traitement en profondeur de l’information contribuent à l’apprentissage et à la réussite académique. Ces pratiques efficaces prennent différentes formes, par exemple :

  • L’autoévaluation via des tests
  • La répartition des périodes de révision dans le temps
  • L’interrogation élaborative (le fait de fournir des explications sur la véracité d’un fait ou d’un concept)
  • L’auto-explication (s’expliquer comment des informations sont liées entre elles ou expliquer le raisonnement qui permet de résoudre un problème)
  • L’apprentissage entrelacé (alterner les différentes matières à apprendre)

Malgré leur efficacité démontrée, ces stratégies demeurent peu employées par les personnes étudiantes. Ces dernières, peu informées quant aux meilleures techniques d’étude, privilégient généralement des méthodes considérées moins efficaces comme la relecture de cours ou le surlignage de concepts.

De plus, certaines méthodes d’évaluation dans l’enseignement supérieur (ex. tests rapides, examen à choix de réponses) n’encouragent pas « une restitution en profondeur des enseignements » (p.82), ce qui incite les personnes étudiantes à adopter des stratégies d’étude superficielles.

Face à ce constat, l’équipe de recherche a souhaité :

  • Comprendre les pratiques d’étude des jeunes entrant à l’université
  • Évaluer si la participation à des séances de formation sur les méthodes d’apprentissage était bénéfique à l’apprentissage

« Apprendre à apprendre » en six séances

L’équipe de recherche a donc développé une formation pour « apprendre à apprendre ». Cette formation a été offerte aux étudiantes et étudiants de première année en psychologie et en sciences et techniques d’une université française.

La formation était intégrée à l’horaire des personnes étudiantes, à raison d’une séance de 2 heures aux 2 semaines.

La première séance consistait en un cours magistral portant sur les méthodes d’apprentissage, sur les croyances associées à l’efficacité de ces méthodes ainsi que sur les principes du fonctionnement cognitif.

Les séances suivantes visaient à approfondir ces fondements par le biais de travaux pratiques, selon cette séquence :

  • Séance 2 : méthodes d’apprentissage distribuées et entrelacées (planification des révisions pour apprendre au fur et à mesure, et non à la dernière minute, et alternance entre les matières)
  • Séance 3 : problèmes liés à l’attention (ex. sources de distraction et comment y réagir)
  • Séance 4 : engagement actif dans les apprentissages (nécessité de se questionner, de s’auto-expliquer)
  • Séance 5 : consolidation des apprentissages (importance de la récurrence, de la récupération et de la réactivation régulière des apprentissages)
  • Séance 6 : enjeux de motivation (sources motivationnelles, estime de soi)

En parallèle, deux enquêtes par questionnaire ont été réalisées en septembre 2019 et en mai 2020. Elles visaient notamment à recueillir des informations sur les pratiques d’études et sur les difficultés rencontrées dans leurs études et leurs apprentissages. Les réponses de 240 étudiantes et étudiants ayant suivi ou non les séances de formation ont été recueillies.

Les méthodes d’apprentissage préconisées par les étudiantes et étudiants

Les réponses aux questionnaires montrent que les personnes étudiantes adoptent des stratégies variées, mais surtout passives (assister aux cours, organiser ses notes, surligner, noter les dates d’évaluation). Il s’agit des méthodes que les personnes étudiantes jugent les plus efficaces, même si diverses études montrent le contraire.

« Ces résultats sont cohérents avec notre idée de départ selon laquelle, sans formation, une forte proportion d’étudiants n’aurait pas les connaissances métacognitives suffisantes pour adopter de bonnes stratégies et réguler efficacement ses apprentissages, justifiant ainsi l’importance d’un accompagnement des étudiants sur ce sujet pour favoriser leur réussite »

Corbin, 2019; Houart, 2019 dans Corbin et al., 2023, p. 97

Quant au module de formation, l’analyse des réponses au questionnaire montre un apport globalement positif et quelques bénéfices précis :

  • Les personnes ayant suivi la formation ont rapporté moins de difficulté dans leurs études;
  • Elles ont également utilisé des méthodes d’apprentissage plus efficaces, et délaissé les méthodes non efficaces;
  • Elles ont aussi développé une meilleure connaissance de l’efficacité des méthodes d’apprentissage et sont plus aptes à reconnaître les méthodes inefficaces.

Cependant, le fait d’avoir suivi la formation a somme toute eu peu d’impact sur le choix des méthodes d’apprentissage des personnes étudiantes. L’équipe conclut donc à un effet marginal du dispositif de formation sur les étudiants et étudiantes en première année universitaire.

Cette étude permet néanmoins d’amorcer une réflexion sur les actions à mettre en œuvre pour mieux accompagner les personnes étudiantes dans l’adoption de stratégies d’étude et d’apprentissage efficaces.

Référence

Corbin, L., Duguet, A., Berthaud, J., et Morlaix S. (2023). Les pratiques d’étude en première année universitaire:  analyse descriptive et effets d’un dispositif « apprendre à apprendre ». Évaluer. Journal international de recherche en éducation et formation, 9(1), 79-102. https://journal.admee.org/index.php/ejiref/article/view/13