Le dernier numéro de la revue Médiations et médiatisations porte sur la créativité et l’innovation en contexte numérique.

Ce numéro dirigé par Normand Roy et Bruno Poellhuber, de l’Université de Montréal, contient huit articles présentant l’apport du numérique à la créativité et l’innovation en matière d’enseignement et d’apprentissage. L’ORES attire l’attention sur deux de ces articles.

Cinquante ans d’intelligence artificielle en éducation 

Alexandre Lepage et Normand Roy (Université de Montréal) présentent une recension systématique des écrits sur la façon dont sont abordés les rôles de la personne enseignante et de l’intelligence artificielle en éducation. Aux fins de l’analyse, 48 documents, parus entre 1970 et 2022, ont été retenus.

L’analyse montre que l’IA est surtout abordée sous l’angle de la modélisation (du travail des personnes enseignantes, des personnes apprenantes, des savoirs), de l’aide à la prise de décision et de la personnalisation des apprentissages (via notamment la rétroaction et le soutien à l’apprentissage).

En outre, les rôles attribués à l’IA relèvent traditionnellement de la personne enseignante. Ainsi, même si les articles recensés évoquent peu la notion du remplacement de la personne enseignante, ou l’abordent sous l’angle de la transformation de son rôle, les auteurs jugent qu’une clarification des interactions souhaitées entre l’IA, les personnes enseignantes et les personnes apprenantes s’impose.

En ce sens, Lepage et Roy proposent un cadre de réflexion sur ces interactions. Ce cadre invite notamment à concevoir les systèmes d’IA en éducation comme des acteurs à part entière dans le processus d’enseignement et d’apprentissage plutôt que comme des outils et ainsi à mieux anticiper les changements au rôle de la personne enseignante.

Prudence numérique en éducation

Laurent Heiser (Université Côte d’Azur) et Didier Mouren (Académie de Nice) discutent de l’« éducation à, par et pour la prudence numérique », qu’ils proposent comme moyen de former les futures personnes enseignantes à une utilisation critique du numérique.

Souhaitant donner du sens aux différents usages du numérique éducatif (p.155), Heiser et Mouren estiment que le principe de « prudence numérique » permet d’adopter une approche plus humaniste et holistique du numérique.

Ils distinguent plusieurs formes de prudence numérique (p.157):

  • Individuelle : se protéger de « la désinformation, du harcèlement, du piratage, du vol de données, de l’hyperconnexion, […]. »  ;
  • Infocommunicationnelle : développer un état d’esprit et des pratiques favorables à la pensée critique, à la maîtrise des technologies de l’information et de la communication, à la connaissance de la pensée algorithmique ;
  • Sociale : favoriser la conciliation de la vie professionnelle et personnelle, ainsi que se montrer sensible aux notions d’accélération, d’automatisation, d’accroissement des inégalités, de guerres informatiques, etc. ;
  • Environnementale : prendre en compte les effets du numérique sur l’environnement (ex. surconsommation énergétique, d’eau, pollution électronique)
  • Humaniste : « orienter, piloter et réguler la technique par la formation et la construction citoyenne, ralentir, intégrer l’idée de bien commun, […] ».

Heiser et Mouren croient que l’éducation à, par et pour la prudence numérique devrait être mise en œuvre tout au long de la formation des personnes enseignantes de façon à préparer les prochaines générations à répondre aux enjeux sociaux et environnementaux que posent l’omniprésence du numérique dans nos vies. 

Références

Heiser, L., et Mouren, D. (2023). La piste de l’éducation à, par et pour la prudence numérique : Un outil pour professionnaliser les enseignants. Médiations et médiatisations, 16, 153‑160. https://doi.org/10.52358/mm.vi16.362

Lepage, A., et Roy, N. (2023). Une recension des écrits de 1970 à 2022 sur les rôles de l’enseignant et de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’IA en éducation. Médiations et médiatisations, 16, 9‑29. https://doi.org/10.52358/mm.vi16.304